Groupe socialiste et radical de gauche

CONSEIL DE PARIS

 

 

Interventions - 2007

 

Séance du 12 février 2007

Intervention de Geneviève BELLENGER,
Membre du groupe socialiste et radical de gauche au Conseil de Paris

Plan de Déplacements de Paris (PDP)



Monsieur le Maire,
Mes Chers Collègues,

Penser globalement et agir localement, c'est en quelques mots résumer toute la philosophie qui sous-tend le projet du Plan de Déplacements de Paris, PDP qui marque une rupture culturelle et politique nette et assumée avec la logique d'antan , celle de l'hégémonie du tout-voiture et du laisser-faire-laisser-aller dans laquelle la minorité de cette assemblée semble encore se complaire, rupture culturelle qui constitue rien de moins qu'un enjeu de civilisation face aux impératifs de santé publique, de justice sociale , de développement économique et de l'emploi et tout simplement de préservation de notre planète qui nous obligent.

Mais si l'on veut que notre politique des déplacements donne tous ses fruits, elle doit marcher sur ses deux pieds, comme le montre l'ensemble des politiques européennes qui ont réussi dans le domaine de l'écologie urbaine.
D'une part, l'offre qualitative en transports publics , condition nécessaire à l'émergence d'une ville juste socialement et viable environnementalement, et c'est le cœur même du PDP ; d'autre part, la mise en œuvre d'une véritable politique du stationnement, nécessaire pour mobiliser le transfert modal vers les modes de déplacements économes en espace et en énergie que nous encourageons.

Dans cette dernière perspective, 3 mesures phares sont intégrées au PDP, tenant compte à la fois de la spécificité unique de Paris , ville où l'espace est rare et donc précieux, ville la plus dense d'Europe , tant au niveau de la population et de l'emploi sur un territoire de 105 km² qu'au niveau de l'impact du stationnement résidentiel sur voirie : 5.300 voitures au km² à Paris contre 1.400 à Berlin , 700 à Madrid !

Des mesures qui tiennent compte également de l'interdépendance forte des déplacements , notamment dans les déplacements pendulaires, entre Paris et sa banlieue, avec 900.000 véhicules entrant tous les jours dans Paris et 300.000 sortant de Paris vers les communes riveraines, en, général en solo avec 1,3 personnes par véhicule, tendance qui devrait s'intensifier, nonobstant les liaisons banlieues -banlieues, à l'aulne de la densification de la zone dense prévue dans le cadre du nouveau SDRIF , comme le confirme également l'étude prospective de l'APUR.
Notons également au passage que le PDP en donnant toute sa place à la politique du stationnement s'inscrit dans l'orientation de la Loi sur l'Air qui dans son article 28-1 précisait la part prépondérante d'une politique du stationnement dans la mise en oeuvre d'une politique des déplacements, ce qu'a repris la loi SRU en la caractérisant d'outil stratégique majeur.

Ainsi, se donnant les moyens d'une réelle gouvernance pour réussir une mobilité durable pour tous, le PDP préconise, dans le prolongement du PLU et à l'occasion de la révision du PDUIF actuellement en cours qui classera enfin Paris comme ville bien desservie par les transports publics, de réglementer l'offre de stationnement dans les bureaux et les grands établissement publics, disposition qui dans le cadre des recommandations du PDP trouvera toute sa portée dans le cadre de la conférence métropolitaine pour une harmonisation de nos politiques publiques entre les décisions d'urbanisme et les objectifs partagés d'une réduction de l'usage de la voiture au sein de l'agglomération.

Car en effet, réglementer l'offre de stationnement dans les bureaux et les grands équipements constitue un véritable levier du transfert modal , comme l'a démontré l'expérience du PDU de Nantes - 66% des actifs disposant dune place de stationnement dans leur bureau utilisant leur véhicule, contre 44% dans le cas contraire - et comme l'a confirmé une enquête récente sur Paris : 39% des salariés utilisant leur véhicule, si l'offre de stationnement dans les bureaux existe , 10% seulement dans le cas contraire, avec, ce qui n'est pas négligeable, une modification des choix modaux en cascade pour l'ensemble de leur déplacements.

Deuxième mesure phare, la décentralisation du stationnement.

Promise à deux reprises par l'actuel ministre des Transports et recalée à l'initiative du ministre-candidat lors de la loi des Finances de 2005 malgré une forte attente de toutes les collectivités locales, de droite comme de gauche, et notamment portée par le GART, la Ville de Paris s'engage à soutenir avec détermination la réforme de la décentralisation du stationnement sur voirie afin donner aux collectivités locales la gestion de l'ensemble de la chaîne du stationnement : réglementation, contrôle, recouvrement, bref donner à un service public local la maîtrise de sa politique locale.

Lorsque l'on connaît l'impunité des comportements sur le stationnement de voirie, le faible rapport entre l'amende et le risque du contrôle face aux incivilités graves qui mettent souvent en danger les vie des plus vulnérables ; la décentralisation du stationnement apparaît bien comme une nécessité incontournable, un levier indispensable dans l'organisation et la maîtrise de la mobilité urbaine et du partage de l'espace public.
De plus, elle représente une source importante de financement pérenne pour les collectivités territoriales face à la défausse chronique de l'Etat en la matière et un gisement formidable pour l'emploi de proximité.

Enfin, 3ème mesure, qui s'inscrit dans l'interdépendance forte des déplacements entre Paris et l'agglomération, le renforcement de l'intermodalité par la mise en œuvre d'une véritable intégration des 560 parcs relais existants dans la chaîne des déplacements, disposition que la Ville de Paris porte avec insistance auprès du STIF depuis 2002 et dont nous devons nous féliciter des avancées puisqu'un schéma directeur des parcs relais est en cours de finalisation au STIF, accompagné d'un programme pluriannuel d'investissements.
Paris qui finance 30% du budget du STIF restera vigilant sur les délais car la reconquête des parcs relais constitue un instrument indispensable d'une politique solidaire de l'agglomération parisienne face aux enjeux de développement durable.

Ainsi le PDP , en intégrant l'impact stratégique d'une véritable politique du stationnement engage-t-elle, nous espérons l'avoir démontré, les moyens nécessaires à l'émergence effective d'une mobilité durable à l'échelle de l'agglomération , condition essentielle pour que notre politique en faveur des transports collectifs marche réellement sur ses deux pieds.

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