
Interventions - 2005Séance du 19 avril 2005 Intervention de Patrick
BLOCHE, Politique de la Ville en matière
de prostitution
Le Conseil de Paris est amené aujourd'hui à débattre de la politique mise en place par la municipalité, depuis 2001, en matière de prostitution et de traite des êtres humains. Il est, à cet égard, souhaitable que nous puissions collectivement
transcender les clivages habituels sur ce sujet entre réglementaristes,
abolitionnistes et prohibitionnistes. L'action engagée par la
Ville, en synergie avec plusieurs associations, entend répondre
à des situations concrètes, à une réalité
quotidienne, celle de femmes et d'hommes victimes de ce qu'on appelle
la traite des êtres humains ou contraintes par une situation personnelle
précaire. Le droit de chacun à disposer librement de son
corps ne saurait en aucun cas justifier sa marchandisation, le plus
souvent barbare. Juste un chiffre : 70% des personnes prostituées
à Paris et en Ile-de-France sont sous l'emprise de proxénètes
ou de réseaux avec le plus souvent une violence psychologique
et physique intolérable. C'est à cette détresse
que nous nous devons de répondre. Et c'est, de fait, l'esprit
même de la politique volontaire engagée par votre équipe,
Monsieur le Maire. Je tiens à cet égard à rendre un particulier hommage à l'action menée par vos adjoints, Anne Hidalgo et Christophe Caresche qui co-animent, avec beaucoup de dynamisme depuis avril 2002, le comité de pilotage "Prostitutions et nouvelles formes d'esclavage". Plusieurs réunions ont permis de mettre en place une méthode de travail originale, privilégiant concertation et médiation entre associations, riverains des axes de prostitution et acteurs institutionnels. L'effort budgétaire a su accompagner cette politique totalement nouvelle. Rappelons qu'avant 2001, la municipalité n'octroyait que 45.000 € de subventions annuelles aux associations venant en aide aux victimes de la prostitution. Aujourd'hui, le soutien de la Mairie de Paris s'élève à près de 600.000 €, preuve d'un volontarisme concret devant l'ampleur d'un phénomène sur lequel Paris a cessé de fermer les yeux. L'octroi de ces subventions à des associations qui assurent
un suivi médical, gèrent des centres d'hébergement
d'urgence ou sécurisé ou encore développent des
parcours de réinsertion, se révèle d'autant plus
nécessaire depuis le vote de la Loi dite de Sécurité
Intérieure qui, selon certains, a fait basculer la France d'une
position abolitionniste à une démarche prohibitionniste.
C'est présageant ces conséquences négatives que
les parlementaires socialistes s'étaient opposés en 2003
aux dispositions de cette loi dont l'un des buts était avant
tout d'assurer la communication du Ministre de l'Intérieur de
l'époque, Monsieur Sarkozy. Nous l'avions fait sans nier la réalité
: des mesures d'ordre public sont indispensables. Mais elles doivent
être prises avec discernement et intelligence, et surtout, être
mises en uvre en coordination étroite avec le travail des
associations. C'est un volet social qui fait toujours cruellement défaut
à la LSI. L'action de la municipalité parisienne vise donc à construire
une véritable politique qui passe prioritairement par le soutien
aux associations dont les objectifs rejoignent ses priorités.
Il s'agit de concilier trois exigences complémentaires : prévenir,
aider, réinsérer. |

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