Interventions - 2003
Séance du 27 janvier 2003
Intervention de Patrick
BLOCHE,
Président du groupe socialiste et radical de gauche au Conseil
de Paris
Projet d'aménagement et
de développement durable (PADD)
de la Ville de Paris
Monsieur le Maire,
mes chers collègues,
Nous sommes, je crois, tous conscients de l'importance du débat
qui nous réunit ce matin, tant le Projet d'Aménagement
et de Développement Durable (PADD) qui nous est présenté
est un document essentiel dans la procédure d'élaboration
du Plan Local d'Urbanisme (PLU). Il offre, en effet, l'occasion de repenser
et de redéfinir un projetr global pour notre Ville après
une large concertation qui nous permet de rendre tout particulièrement
hommage à votre adjoint Jean-Pierre Caffet. Car c'est d'un projet
global dont il s'agit, l'esprit Paris-villages, aussi sympathique qu'il
soit, n'étant pas la marque la plus signifiante du PADD.
Vaste (autant qu'indispensable) ambition qui doit beaucoup à
la grande loi sur la solidarité et le renouvellement urbains
(SRU) que seuls des imprudents veulent aujourd'hui remettre en cause.
En effet, avant la loi SRU, les règles de droit dictaient le
projet d'urbanisme. Désormais, l'urbanisme et l'aménagement
doivent reposer sur un projet et celui-ci détermine quelles règles
de droit s'imposent.
Dans sa déclinaison parisienne, le PADD reprend logiquement les
objectifs qui président à la réalisation des grands
projets parisiens depuis le début de la mandature, et cela dans
le respect naturellement des principes du développement durable.
Ceci explique la diversité des thématiques abordées
que les orateurs du groupe socialiste et radical de gauche ont souhaité
se répartir, en n'oubliant évidemment pas que certaines
des orientations reprises dans le PADD figurent dans le Contrat de plan,
notamment en matière de déplacements, ou ont déjà
fait l'objet de délibérations votées par notre
Conseil comme, par exemple, la lutte contre l'insalubrité.
Paradoxe parisien : le rayonnement économique et culturel de
notre Ville-Capitale est indéniable et pourtant - depuis longtemps
- Paris se dépeuple à la différence de nombreux
centres de grandes agglomérations et - phénomène
plus récent sur lequel Christian Sautter nous alerte régulièrement
- le chômage augmente.
Même si le Département de Paris - avec un revenu par habitant
presque deux fois supérieur à celui de la moyenne nationale
- reste le plus riche de France, les inégalités entre
les ménages et les déséquilibres entre les quartiers
subsistent.
Il convient donc de prendre en compte ces réalités sociales
que pourraient dissimuler la seule image de Paris, ville riche et capitale
touristique attractive.
Affirmer la place de l'emploi dans la capitale et réduire les
inégalités figurent, logiquement, parmi les principaux
objectifs poursuivis par le PADD.
Ce qui fonde la spécificité de Paris, c'est la dimension
qualitative de nos activités économiques : qu'il s'agisse
ainsi de l'innovation technologique, de la mode ou du design. Pour autant,
cette diversité d'activités peut se trouver menacée
si l'offre immobilière n'est pas adaptée.
D'où l'intérêt de favoriser les territoires de "projet",
de créer de nouveaux pôles économiques sur des zones
délaissées comme les quartiers de gares, la ZAC de la
Porte des Lilas ou les territoires du Nord-Est parisien.
Concernant plus précisément le Nord-Est parisien, une
action volontariste permettra d'accompagner le développement
de filières constituées ou émergentes dans le domaine
des technologies de l'information et de la communication de part et
d'autre du boulevard périphérique et intégrera
en conséquence la dimension intercommunale dans le développement
de ces projets.
Car faire du développement économique une priorité
du PADD c'est également sortir Paris de son isolement territorial.
Il convient plus que jamais de concevoir l'avenir de notre Ville à
l'échelle de son agglomération. (Sans crainte particulière
à l'égard des autres, notamment des Hauts-de-Seine qui
visiblement obsèdent plus Monsieur Goasguen que la majorité
municipale.)
Cette nouvelle façon de travailler, autrement de penser la ville
est valable dans tous les domaines.
Le PADD pose ainsi les enjeux stratégiques d'une requalification
de la couronne : en cohérence avec la réalisation du tramway
sur les Maréchaux, il s'agit également de prendre toute
la mesure des opérations de requalification des Portes inscrites
dans les grands projets de renouvellement urbain et faisant partie intégrante
de l'effort mené au niveau de la politique de la ville.
Un des défis que doit également relever le PADD, et non
des moindres, est celui d'accéder au difficile équilibre
habitat-emploi.
Car si Paris se dépeuple, c'est au profit de sa périphérie.
La mobilisation de toutes les potentialités foncières,
en prenant en considération non seulement le paramètre
de la densité mais aussi celui de l'environnement, constitue
un enjeu majeur du PLU et du PLH.
Les objectifs de mixité sociale, de lutte contre l'insalubrité
et le saturnisme, avec l'ambition de mener une politique d'offre de
logements adaptés à la demande (logement social bien sûr
mais aussi logements étudiants, ateliers d'artistes..), conduisent
à affirmer - notamment en direction des opérateurs privés
- la volonté de réduire les inégalités territoriales
entre les arrondissements. Il s'agir aussi d'utiliser toous les outils
disponibles permettant de réguler le marché de l'immobilier
parisien dont l'évolution inflationniste (actuelle) freine l'accession
à la propriété des couches moyennes et pousse des
couches moyennes et pousse sans cesse plus loin hors de Paris, les populations
les moins favorisées.
Pour réduire les inégalités sociales et économiques,
le PADD promeut utilement une vie économique mieux équilibrée,
notamment au bénéfice des quartiers les moins riches.
Il encourage ainsi une politique d'aménagement des pieds d'immeubles
pour accueillir les jeunes entrepreneurs. Il marque également
la nécessité de rechercher des synergies entre les équipements
ou services localisables sur une même unité foncière.
De la même façon, l'objectif de renforcement de la vie
des centres de quartiers conduits à retenir des dispositions
concernant l'activité commerciale, comme l'établissement
particulièrement opportun de plans de sauvegarde de la diversité
commerciale. Cela doit permettre d'aller au-delà d'une réglementation
qui voit l'action publique trop régulièrement limitée
par la garantie constitutionnelle de la liberté du commerce et,
de fait, fonder l'intervention des opérateurs municipaux, telles
des SEM expressement missionnées pour cela. Un quartier aussi
touché par la mono-activité commerciale que celui de Sedaine-Popincourt
attend ainsi beaucoup de ces initiatives nouvelles.
On le voit bien là, , nous retrouvons, avec les orientations
du PADD, l'ambition partagée d'un Paris innovant, en perpétuel
mouvement, d'un Paris dynamique qui sait faire le lien entre tradition
et modernité.
Cette ambition a aussi une dimension humaine, celle d'améliorer
les conditions de vie des populations qui sont en difficulté
sociale pour que tous les Parisiens puissent mieux vivre la Ville, leur
Ville, aujourd'hui et plus encore demain.
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