Groupe socialiste et radical de gauche

CONSEIL DE PARIS

 

 

Interventions - 2001

 

Séance du 23 octobre 2001

Intervention de Colombe BROSSEL,
Vice-présidente du groupe socialiste et radical de gauche au Conseil de Paris

Débat sur les PLU, PLH et PDP


Monsieur le Maire,
mes chers collègues,

Je ne peux que me satisfaire que soient évoqués conjointement les questions de logement, d'urbanisme et de déplacements. Pour autant, la délibération sur la décision d'engager la procédure d'élaboration d'un nouveau Programme Local de l'Habitat à Paris (PLH) qui nous est proposée aujourd'hui est fondamentale. Loin de moi l'idée de séparer la réflexion en matière d'habitat de celle en matière d'urbanisme et de déplacements, mais je souhaite, à l'occasion de la présentation de cette délibération, revenir quelques instants sur la politique en matière de logement à Paris.

Le PLH est un document fondamental car il est le document que se donne la Ville pour définir les "objectifs et les principes d'une politique visant à répondre aux besoins en logements et à favoriser la mixité sociale en assurant entre les communes et les quartiers d'une même commune, une répartition équilibrée et diversifiée de l'offre de logements".

La lecture de cette délibération m'a fait plaisir. Elle m'a fait plaisir car j'y ai retrouvé deux des engagements forts que nous avons pris envers les Parisiens : accroître la production de logements sociaux et favoriser la mixité sociale.

En premier lieu, accroître la production de logements sociaux. Vous indiquez dans ce document, qu'il faudra produire 3.200 logements par an ne serait-ce que pour atteindre le seuil des 20 % de logements sociaux rendu obligatoire par la loi SRU.
Ai-je besoin de vous rappeler que nous nous trouvons face à plus de 90.000 demandeurs de logements, auxquels pour l'instant seules 5.000 réponses peuvent être apportées chaque années. Ai-je besoin de vous rappeler que nous nous trouvons face à 7.000 demandeurs de plus de 10 ans, à qui l'ancienne majorité n'avait jamais fait aucune proposition.
Et cette situation est le produit d'une situation voulue et organisée par la droite pendant 25 ans à Paris. C'est en effet le produit d'une spéculation immobilière effrénée, à la recherche du seul profit, qui a notamment conduit à privilégier la construction de bureaux, au détriment du logement, moins rentable. Et aujourd'hui, ce sont des milliers de mètres carrés de bureaux qui sont vides.

Alors, oui, il faut rendre au logement social son caractère de service public du logement, et rompre avec les mécanismes qui ne s'appuient que sur une loi du marché qui exclut toute une partie de la population, poussée hors de Paris faute de moyens suffisants pour y vivre…

C'est également pour rompre avec cette logique spéculative qu'il faut encourager les réquisitions de logements vides. Ceux-ci sont parfois conservés par leurs propriétaires dans
une simple logique de spéculation, en attendant pour les vendre ou pour les louer que les prix soient au plus haut. Le gouvernement a lancé un programme de réquisition des logements vacants. Il est important que la Ville de Paris soit pionnière en la matière.

La présentation des orientations budgétaires hier nous a bien montré que notre réflexion politique s'appuie sur le principe de la satisfaction des besoins des Parisiens, gardons ce principe politique en tête aussi en matière de logement. Produisons des logements sociaux et donnons nous les marges de manœuvre nécessaires pour y parvenir. Seule une politique de grande ampleur peut nous permettre de répondre à la demande elle aussi de grande ampleur.

Le deuxième engagement pris concerne la mixité sociale. Elue d'un arrondissement de l'Est parisien, j'ai plus qu'apprécié cet engagement.

La mixité sociale doit en effet être un objectif permanent de notre politique en matière de logement. La mixité sociale, c'est quoi ? c'est vivre ensemble, qu'on soit cadres, employés ou ouvriers, quelle que soit son histoire personnelle, qu'on soit blanc, noir ou jaune de peau, qu'on soit Parisien depuis 4 générations ou français de la 3ème génération, qu'on travaille, qu'on soit étudiant ou retraité, etc…

Alors, Monsieur le Maire, je ne peux que vous féliciter lorsque je lis que la première ligne de force du futur PLM sera l'accroissement et le rééquilibrage géographique du parc de logements sociaux.
Car, disons le franchement c'est manifestement la politique inverse, une politique de ségrégation, qui a été menée depuis 25 ans à Paris. Je vous rappelle pour mémoire quelques chiffres, toujours éclairants. Le 19ème arrondissement compte 26.414 logements sociaux, au sens de la loi SRU. Soit plus de 33 % de l'habitat. A quelques stations de métro de là, le 8ème arrondissement compte 93 logements sociaux, soit 0,5 %. J'entends encore M. Lebel, Maire du 8ème arrondissement stigmatiser au dernier Conseil de Paris la création de ghetto dans son arrondissement parce que nous osions créer des logements sociaux dans son arrondissement.

Alors, oui, il faut construire et créer du logement social dans les quartiers bourgeois de Paris.

Et au-delà de cela, il faut favoriser la mixité sociale partout et tout le temps. En effet, la mixité sociale ne peut se résoudre à une équation simpliste : plus de PLI à l'Est de Paris et plus de PLA à l'Ouest de Paris.
La loi SRU, qui est je vous le rappelle l'une des grandes lois votées par le gouvernement.

Jospin, nous donne un outil formidable avec le logement PLUS qui oblige à loger dans un même endroit des locataires aux niveaux de revenu très différents. La mixité sociale, elle commence là, elle commence dans sa cage d'escalier. C'est pourquoi, il faut encourager la production de logements PLUS, que ce soit par l'Opac, ou par les SEM proches de la Ville.

Enfin, pour terminer Monsieur le Maire, je voulais vous dire un mot du logement insalubre. Je ne reviens pas sur l'aspect politique, absolument scandaleux de ce dossier. Il est tout à fait incompréhensible qu'on ait pu laisser à Paris, se créer des poches d'insalubrité telles que celles qui existent dans nos arrondissements. Et ce souvent dans des immeubles appartenant à la Ville de Paris. Il n'y a aucune explication rationnelle à ces situations, à part peut-être qu'il était bien plus intéressant politiquement de laisser moisir des familles entières dans l'espoir qu'elles perdraient patience et qu'elles partiraient de Paris. Ai-je vraiment besoin de rappeler que bien souvent, ce sont des familles d'origine africaine qui logent dans ces taudis. Cela devait rendre moins dérangeant pour les équipes municipales précédentes le fait de laisser des enfants se faire mordre par des rats la nuit, de laisser les familles avec comme seul point d'eau le robinet dans la rue, de les laisser dans des logements tellement humides que les vêtements moisissent, de laisser des familles dans des immeubles infestés de peinture au plomb, que bien sûr les enfants ont absorbé, entraînant des lésions parfois irréversibles. J'oubliais de préciser que bien souvent dans ces familles, l'un au moins des deux parents travaille et dispose d'un revenu stable et que ces familles étaient totalement éligibles à l'accès au parc social. Je ne reviendrais pas là-dessus car tout cela est connu.
Vous parlez dans la délibération du traitement systématique de l'insalubrité, de sa résorption. J'ai envie de vous exhorter à aller encore plus loin. Marie Noëlle Lienemann, Secrétaire d'Etat au Logement, a lancé la semaine dernière un plan d'éradication de l'habitat insalubre en 5 ans. Donnons nous les mêmes engagements d'éradiquer l'insalubrité à Paris et de faire de Paris un exemple, pourquoi pas un Département pilote, en la matière.

Nous le sentons tous, le logement sera l'un des dossiers clés de cette mandature. C'est pourquoi je vous félicite, ainsi surtout que Jean Yves Mano, pour l'ensemble des actes forts que vous posez, qui sont des signes de changement importants pour les Parisiennes et les Parisiens.

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