Interventions - 2001
Séance du 10 juillet 2001
Intervention de Patrick
BLOCHE,
Président du groupe socialiste et radical de gauche au Conseil
de Paris
Aménagement et réduction
du temps de travail
Monsieur le Maire,
Mes chers collègues,
Avec ce protocole d'accord-cadre relatif à l'aménagement
et à la réduction du temps de travail, nous retrouvons,
Monsieur le Maire, l'esprit des grandes lois et des grands accords qui
ont jalonné notre histoire sociale. Il est vrai qu'il aura fallu
un siècle pour diviser par deux le temps de travail hebdomadaire
légal et passer de la semaine de 70 heures en 1900 à celle
de 35 heures aujourd'hui avec des étapes intermédiaires
bien connues : les 40 heures en 1936 et les 39 heures en 1982.
Chacune de ces étapes ne s'est pas déroulée dans
le même contexte économique et social. La réduction
du temps de travail a pris ainsi un sens sensiblement différent
lorsqu'il s'agissait principalement de libérer l'ouvrier de la
machine, d'accorder du temps libre au salarié ou encore de lutter
contre le chômage de masse.
Cette réduction du temps de travail a aussi eu des modalités
très différentes selon les époques. Un grand accord
unique et uniforme a été nécessaire lorsque seul
comptait le rapport entre les forces sociales et qu'il fallait vaincre
des années d'autoritarisme patronal. Mais la voie des lois d'impulsion
fixant seulement le cadre horaire a été retenue lorsque
le dialogue social, devenu répandu et légitime, s'est
chargé de négocier les modalités pratiques de son
application.
C'est donc à l'issue d'une négociation que nous sommes,
aujourd'hui, appelés à débattre de l'accord-cadre
visant au passage aux 35 heures dans l'administration parisienne.
Comment ne pas souligner que cette négociation avait pris un
retard considérable sous la précédente mandature,
la majorité d'alors jouant la montre dans l'attente des élections.
Je tiens de fait à saluer avec force le travail remarquable d'efficacité
conduit par François Dagnaud dont les talents de médiateur
et de négociateur ont depuis longtemps été reconnus
au-delà de la gauche plurielle parisienne.
Cette négociation a été menée très
rapidement par nécessité, néanmoins sans précipitation.
Tous les partenaires sociaux ont été entendus et la plupart
ont apporté des contributions très intéressantes
à plusieurs dispositions de l'accord pour en améliorer
leur contenu.
Car cet accord-cadre pose - dès le début de la mandature
- les bases d'un nouveau dialogue social au sein de la Ville, non seulement
il diminue le temps de travail, mais encore il donne les pistes d'une
véritable réforme de l'administration parisienne. C'est
pourquoi s'il est d'abord tourné vers les principaux intéressés,
à savoir les agents de la Ville et du Département, il
intéresse les Parisiennes et les Parisiens dans leur ensemble.
Car réduire le temps de travail, ce n'est naturellement pas allonger
les files d'attente. Et c'est avec cette double préoccupation
à l'esprit que le groupe socialiste et radical de gauche souscrit
pleinement, Monsieur le Maire, à votre démarche.
L'accord-cadre est tourné vers les Parisiens parce que la nouvelle
municipalité s'est fixée comme priorité de développer
un meilleur cadre de vie et parce que l'administration locale ne peut
rester à l'écart de l'évolution des modes de vie
urbains et des demandes de ceux de nos concitoyens qui ont des horaires
très contraints ou dont la mobilité est limitée.
C'est tout l'enjeu du bureau des temps animé par Anne Hidalgo
qui veille à trouver la meilleure organisation administrative
pour améliorer le service rendu tout en prenant en compte les
rythmes de vie des Parisiennes et des Parisiens.
L'accord-cadre qui nous est proposé, est donc d'abord tourné
vers les agents de la Ville et du Département avec un effort
remarquable de création d'emplois et les 19 à 22 jours
dits de "RTT" selon les sujétions, qui feront du temps
libéré un réel temps choisi. Il faut aussi citer
les perspectives de carrière et de mobilité ainsi que
les objectifs envisagés en matière de formation. Parce
que, justement, la formation a été négligée
pour des pans entiers de l'administration parisienne comme, par exemple,
pour l'animation périscolaire qui manque d'un véritable
projet définissant ses missions et dont la professionnalisation
largement inachevée réduit encore trop souvent cette activité
d'animation au seul fait d'occuper les enfants.
Avec l'aboutissement de la négociation sur les 35 heures, un
mouvement est donc lancé de modernisation de l'administration
parisienne dont les agents de la Ville et du Département seront
les premiers bénéficiaires quant à l'amélioration
de leur qualité de vie et de leurs conditions de travail.
Le travail, qu'il relève des secteurs privé ou public,
est une valeur centrale en constante évolution. Il doit faire
face aujourd'hui à des techniques sans cesse renouvelées
et aux bouleversements déjà perceptibles apportés
par l'arrivée des nouvelles technologies de l'information et
de la communication. L'administration locale est directement concernée
par ces chocs qui créent des gains de productivité, permettent
des redéploiements d'activités et inventent de nouvelles
façons de travailler. Une certaine administration fera progressivement
place à une administration en réseau, dynamique et réactive.
Au sein d'une administration parisienne diverse et contrastée,
trop de secteurs manquent de reconnaissance et de perspectives alors
que les agents accomplissent leurs missions avec sérieux et dévouement.
Le passage aux 35 heures avec les mesures qui l'accompagnent en terme
de formation, d'emplois, de reconnaissance professionnelle et de temps
libéré, constitue une vraie chance, notamment pour ces
secteur trop souvent délaissés.
Ce passage aux 35 heures est conçu comme un mouvement. Si l'accord-cadre
fait la liste des résolutions, des objectifs et des moyens adaptés
pour les atteindre, il ne gèle, ni ne fige une situation. Le
groupe de pilotage permanent sera ainsi amené à suivre
l'application de l'accord, mais aussi à proposer des mesures
d'amélioration. Sans empiéter sur les prérogatives
des partenaires sociaux et des organismes paritaires de la Ville et
du Département, inscrivons-nous en perspective quant à
la "vie" de cet accord-cadre tout au long de la mandature.
D'abord, l'accord prévoit 6% de recrutements nouveaux. L'opposition
municipale croit déceler une "dérive", c'est
souvent ce terme qui est employé dès qu'il s'agit de masse
salariale, lorsque les agents sont uniquement appréhendés
comme autant de charges. Nous, nous pensons au contraire que la question
de l'emploi public n'a pas à être abordée sous le
seul angle réducteur et financier des "charges", que
la question de l'emploi public doit être mis en correspondance
avec les missions que les Parisiens souhaitent voir remplies par la
Ville.
Les créations d'emplois dans la fonction publique parisienne
et leur fixation à un niveau conséquent dans l'accord-cadre
ne sont donc pas tabou dans la mesure où elles servent un meilleur
service public, que leur coût est affiché, décidé
collectivement et qu'il répond à des besoins exprimés
par les Parisiens. Je me réjouis de constater que l'accord-cadre
tourne ainsi le dos au prêt à penser libéral, ce
carcan idéologique qui aboutit à confier aveuglément
au secteur privé des activités en le dispensant d'une
obligation d'efficacité qu'il n'aurait plus à démontrer.
Je me félicite - par ailleurs - de la naissance d'un observatoire
de la parité hommes-femmes. Il sera très utile parce que
ce sont encore les femmes qui accomplissent la double journée
professionnelle et domestique et qui, ainsi, sont les plus sensibles
aux questions relatives au temps de travail et au temps libéré.
Cet observatoire pourrait se saisir d'autres discriminations au travail,
celles qui sont fondées sur l'orientation sexuelle, le handicap,
l'apparence physique ou encore le patronyme.
Enfin, dans la perspective de la reconnaissance républicaine
et festive du Pacte civil de solidarité (PACS) en mairie d'arrondissement,
les jours de congés accordés lors d'un mariage pourraient
être opportunément étendus aux pacsés.
L'entrée en vigueur des 35 heures à la Ville et au Département
de Paris porte la marque d'une forte ambition sociale. Elle répond
au désir légitime des agents de notre administration de
bénéficier de plus de temps libéré. Elle
est aussi un outil de travail pour transformer la gestion du personnel
en gestion des ressources humaines, pour faire évoluer notre
ville, pour accompagner les changements de l'administration parisienne
en améliorant sensiblement les conditions de travail et de vie
de ses agents. C'est pourquoi le groupe socialiste et radical de gauche
approuve sans réserve cet accord-cadre qui s'inscrit aussi pleinement
dans notre tradition de démocratie sociale.
Je vous remercie.
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